The Smallville Torch: Edition Spéciale
Cinjun Tate, De "Save Me" A Excava-11

Par Vivien Lejeune

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Si la chaîne américaine Wb est passée maîtresse dans l’art de savoir associer des noms pas encore très connus du grand public pour promouvoir leurs nouvelles séries Tv à succès (on pense particulièrement au Here With Me de Dido pour ROSWELL ou encore à Here et Touched – déjà entendue dans LA PLAGE -, du groupe de Jon Crosby V.A.S.T. pour ANGEL) c’est à la fois pour mieux sensibiliser un public jeune et offrir une identité bien spécifique à leurs programmes. Ainsi, la voix douce et sensuelle de Dido (que l’on ne présente plus depuis) permettait une mise en avant de la relation passionnelle entre Max l’extra-terrestre et la très humaine Liz; et le rock endiablé, jumelé à des samples gothico-gregoriens, de Jon Crosby conférait au beau vampire ténébreux cette sombre dualité passé / présent, inhérente à ses quelques siècles d’existence.


"I feel my wings have broken in your hands / I feel the words unspoken inside (…) Somebody save me / I don’t care how you do it". Ces quelques phrases, issues de la chanson-générique Save Me, évoquent à elles seules la teneur de SMALLVILLE, dernière née des créations Warner consacrées au mythe de Superman / Clark Kent. N’ayant même pas encore atteint son statut de Superboy, Clark (Tom Welling) découvre progressivement (au fil des déjà trois saisons que comprend la série) l’étendue de ses pouvoirs, de ses origines et développe de plus en plus activement sa "sauvite aigüe", à la fois pour ses proches (ses parents, Lana, Chloé, Pete et même son futur ennemi juré Lex Luthor – incarné par le très charismatique Michael Rosenbaum) et pour toute personne en difficulté. Le futur Superman doit intérioriser ses peurs et ses doutes s’il ne veut pas exposer les autres au terribles conséquences qu’engendreraient la découverte de ses gènes intersidéraux, tout en essayant de mener une vie normale…


Si aujourd’hui le groupe Remy Zero, à qui nous devons cette excellente chanson, n’existe plus, le chanteur Cinjun Tate a tout de même bien voulu répondre à nos quelques questions alors qu’il œuvre déjà avec son frère Shelby au sein d’un nouvel ensemble: Spartan Fidelity et nous a permis de découvrir, avant presque tout le monde en France, leur premier album EXCAVA-11 (Excavation Records – EXC01), prologue d’une trilogie fortement éloignée des sonorités de Remy Zero. Si Clark ne vole pas encore, les frères Tate n’ont pas attendu longtemps pour nous faire décoller !

Super Band(s) !

Comme souvent, c’est le chanteur qui joue les portes-paroles et devient la figure emblématique et médiatique du groupe, quel que soit le genre musical exploré. Mais dans le cas présent, c’est avant tout une histoire de famille (difficile en effet de dissocier les frères Tate, Cinjun et Shelby, tant ils se ressemblent et paraissent inséparables) qu’il faut mettre en avant. C’est vers la fin des années 80 qu’ils s’associent à Jeffrey Cain, Cedric Lemoyne, et Gregory Slay et forment Remy Zero avant de signer un contrat chez Geffen Records en 1994 pour leur premier album. S’ils sont originaires de l’Alabama, leur rock est rapidement identifié comme étant proche de la mouvance des groupes anglais indépendants et ils sont rapidement contactés par les illustres membres de Radiohead qui leur offrent de partir en tournée avec eux, c’est tout dire ! Une belle carrière est lancée et leur dernier album en date, THE GOLDEN HUM (qui fait suite à VILLA ELAINE) se sera d’abord illustré sur les platines des initiés avant que n’arrive la reconnaissance du plus grand nombre via la fameuse utilisation du titre Save Me sur le générique de SMALLVILLE. Est-ce ce rapport ambigu entre la réussite médiatique associée à une série de télévision et l’identité réelle d’un groupe rock qui va provoquer la dissolution du groupe ? Même si on peut l’envisager, Cinjun Tate préfère la thèse de l’évolution naturelle et Shelby et lui deviennent aujourd’hui Spartan Fidelity pour mieux nous faire découvrir une toute nouvelle expérience musicale. Du très bon rock de THE GOLDEN HUM à l’univers enivrant et atmosphérique de EXCAVA-11, il y a un monde, pour ne pas dire une galaxie ! Mais dans les deux cas, la passion pour la musique est extrêmement vivante et communicative. Plus expérimentale et recherchée que jamais, cette dernière œuvre nous permet d’y découvrir un peu plus de surprises à chaque nouvelle écoute et nous voici entraîné dans un tourbillon insoupçonné de sons aux couleurs riches et variées. De morceaux instrumentaux à d’autres chantés, on suit les pistes dans une merveilleuse continuité et les images viennent d’elles-mêmes s’insinuer dans notre esprit et nous laissent présager du meilleur pour le futur du groupe. Le virage est tellement impressionnant que l’on peine à trouver le pont entre le passé et le présent mais qu’y a-t-il de meilleur que d’être agréablement trompé ? Cinjun Tate nous a donc fait l’honneur de répondre présent pour Cinéfonia et nous permet, par la même occasion, d’explorer encore une fois de nouvelles tessitures musicales…

Cinefonia) Avant de croiser le chemin de Clark Kent, comment avez-vous ressenti votre toute première impulsion vers l’univers du Rock ?
Cinjun Tate) J’ai tout simplement grandi au sein d’une famille très impliquée dans le monde de la musique. En fait, je ne me suis jamais véritablement posé de questions et il n’y a jamais eu la moindre décision cruciale à prendre: j’ai toujours voulu jouer de la musique.

CF) Finalement peu de temps après le succès de Save Me, vous et les autres membres de votre groupe (Remy Zero) vous êtes séparés. Que pouvez-vous nous en dire ?
CT) Nous étions tous de très bons amis, avec des idées et un état d’esprit assez similaires. Nous décoincions une petite ville endolorie puis nous migrions vers la suivante. A présent que la page Remy Zero est tournée, nous restons tous assez proches les uns des autres et nous continuons tous à faire de la musique. Les gens et les couples, tout comme les groupes, doivent conserver une certaine forme d’indépendance et évoluer, continuellement et naturellement, face aux éternels changements de la vie. Pour ce qui est de Save Me, nous étions tous, bien sûr, à la fois heureux et excités d’un tel succès.

Petitetown

S’il faut bien lui avouer un parcours en dent de scie (l’inégalité de la qualité des scénarios entraînant parfois une baisse d’intérêt assez prononcée), SMALLVILLE n’en reste pas moins l’une des meilleures séries américaine du moment. Très respectueuse des œuvres passées, la distribution intègre même des comédiens déjà présent dans les films de la quadralogie SUPERMAN comme Annette O’Toole (Lana Lang dans SUPERMAN 3 et Maman Clark dans la série), Terence Stamp (Zod dans SUPERMAN 1 & 2 et la voix de Jor-El dans la série) et même Christopher Reeve en personne (dans le rôle d’un scientifique richissime paralysé) vient lui-même dévoiler ses origines Kriptonniennes à Clark… De bien beaux clins d’œil à l’un des plus grands mythes américain. A noter que la troisième saison est actuellement diffusée en France dans le cadre de la célèbre Trilogie du samedi (qui n’en est plus une depuis longtemps) et que la seconde saison de la série (déjà disponible en import US) arrive très prochainement dans un nouveau coffret Dvd (Warner)… Le pressage 16/9 des épisodes permet d’apprécier encore mieux les effets spéciaux mis en œuvre, moralité: en Dvd c’est encore meilleur qu’à la Tv ! Retour sur un générique, rappelons-le, Cinéfonia d’or de la rédaction en 2003…

CF) Bien sûr, tout le monde aujourd’hui associe Save Me à SMALLVILLE. Cependant, cette chanson n’a, à l’origine, absolument pas été crée pour devenir le générique de la série…
CT) En fait, c’est le tout premier titre que nous avons écrit pour notre album, THE GOLDEN HUM (le fredonnement doré), et nous l’avons effectivement finalisé bien avant d’être approché par la production de la chaîne Wb. Si elle occupe cette place aujourd’hui, c’est que les producteurs ont vraiment tenu à l’utiliser.

CF) Justement, comment la Wb est-elle arrivée jusqu’à vous et que pensez-vous de la série en tant que telle ?
CT) Il se trouve que l’un de nos amis avait été engagé pour faire partie du staff de la production musicale. Le tout premier épisode de la série ne comporte d’ailleurs pas notre chanson (comme souvent pour les pilotes, le premier épisode d’une série ne présente pas encore de générique-signature, ce dernier n’étant généralement dévoilé qu’au second… - CF). Un grand nombre de personnes au sein de la production était fans de Remy Zero et ont pensé que notre chanson collait bien avec l’esprit de la série en son entier. Personnellement, j’aime beaucoup SMALLVILLE et nous avons même participé au tournage du dernier épisode de la première saison (épisode 21: Tempest, réalisé par Greg Beeman - CF), Nous y jouons notre titre Perfect Memory, sur scène à l’occasion du bal de fin d’année.

CF) Le générique est une chose vraiment très importante pour une série Tv. Save Me est en fait l’une des meilleures signatures de ces quelques dernières années. Comment vivez-vous cette reconnaissance ?
CT) Et bien, j’aurais aimé la partager avec vous, en France, mais pour l’instant je vis au Tennessee.

CF) Avant que la série ne commence à être diffusée, au Etats-Unis d’abord puis dans le monde entier, ressentiez-vous le potentiel de cette chanson à devenir un véritable hit ?
CT) Save Me était définitivement notre single. En revanche, je n’avais absolument anticipé le fait qu’elle devienne si renommée. Je voulais naturellement que la chanson fonctionne bien, qu’elle rencontre son public et je suis forcément très heureux que cela est marché !

CF) Lorsque la Wb est venu vers vous, n’avez-vous pas eu peur que Remy Zero devienne LE groupe de SMALLVILLE et qu’il perde, dans une certaine mesure, son identité originelle ? N’est-ce pas dangereux ou difficile pour un groupe rock comme le votre de se faire à cette idée ?
CT) C’est quelque chose d’assez étrange, en fait. Mais je préfère me focalisé sur le fait que nous avons connu quelques succès marginaux grâce à d’autres choses.

CF) Le clip de Save Me, qui a été fortement diffusé avec l’arrivée de SMALLVILLE sur les chaînes de télévision, en a surpris plus d’un dans la mesure où il ne comportait aucune image de la série ou même aucune allusion à cette dernière. Aimez-vous vous impliquer dans l’élaboration des clips qui accompagnent vos chansons ?
CT) J’adore les clips ! J’aimerais même pouvoir en tourner un pour chaque chanson de notre répertoire. Lorsque j’écris une chanson, j’ai une démarche assez visuelle, je peux la voir en quelque sorte. En ce qui concerne Save Me, nous avons tourné le clip avant que la chanson devienne le générique de la série.

CF) Avez-vous des génériques de séries Tv en tête, quels peuvent être vos favoris ?
CT) Je pense à ceux de WELCOME BACK, KOTTER; TAXI; SANFORD AND SON et SESAME STREET.

CF) En France, la série connaît un grand succès et en est déjà à la diffusion de la troisième saison (à peine un mois après la diffusion de cette dernière aux Etats-Unis - fait très rare en France) et la seconde arrive en Dvd. Quel genre de télévore êtes-vous ?
CT) J’entretiens définitivement un genre de relation amour / haine avec les séries Tv et la télévision en général. Je peux tout aussi bien en faire des tonnes et dire à tout bout de champ à quel point la qualité des programmes est affligeante que me planter devant pour les mille années à venir !

CF) La musique originale de SMALLVILLE est signée de Mark Snow. Avez-vous eu l’occasion de le rencontrer ?
CT) Absolument pas, on ne s’est jamais vu.

Tate A Tête

CF) Ecoutez-vous un peu de musique de films ? Quels pourraient être vos compositeurs de prédilection ?
CT) En effet, j’en écoute. Je peux vous citer Ennio Morricone, plus particulièrement pour IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST, et Ryuichi Sakamoto pour MERRY CHRISTMAS MR. LAWRENCE et LE DERNIER EMPEREUR. A mes yeux, ces deux personnes sont de véritables génies.

CF) Seriez-vous tenté par l’aventure cinématographique et l’opportunité de travailler sur un film en tant que compositeur ?
CT) Rien ne me ferait plus plaisir ! C’est très simple: j’en rêve ouvertement. J’adorerais me lancer dans le processus de création d’une partition entière pour le cinéma.

CF) Aujourd’hui, Remy Zero n’existe plus mais vous revenez de plus belle avec votre frère Shelby sous le nom de Spartan Fidelity. Comment présenteriez-vous ce nouvel album, EXCAVA-11 ?
CT) C’est avant tout une grande question de liberté, celle d’avoir l’opportunité de créer une trilogie. Nous pensons pouvoir ainsi écrire trois albums et nous ressentons très fort cette possibilité de nous y exprimer totalement à notre façon, sans aucune barrière. Il ne s’agit en rien d’une grosse production hyper contrôlée. C’est vraiment cela, c’est LE mot clef: liberté. Nous faisons exactement ce que nous voulons. Tout ce que je peux dire, c’est que c’est très différent de ce que nous faisions avec Remy Zero, mis à part le fait que c’est toujours moi qui chante (rires).

CF) Prévoyez-vous de venir en France pour un ou une série de concerts avec Spartan Fidelity ? Et, maintenant que vous êtes passé à tout autre chose, continuerez-vous à inclure Save Me à votre check-list de scène ?
CT) J’adorerais venir en France. J’espère vivement partir en tournée de par chez vous avec le nouveau groupe, mais seulement après avoir terminer les deux prochains albums de cette trilogie. Et juste parce que j’aime énormément votre Pays, je serai heureux de rejouer Save Me rien que pour vous !

© 2004 Cinefonia Magazine